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Dimanche 15 octobre 2006
Voilà une question redondante dans l'actualité française (et internationale), qui a pris enormément d'ampleur depuis les caricatures de Mahomet publiées l'an dernier.
Je suis loin d'être un spécialiste de l'Islam, je n'y connais d'ailleurs pas grand chose. Mais vu que ce n'est pas un article théologique, j'espère que mes maigres connaissances ne me feront pas écrire trop de conneries...
A ce que j'ai compris de la charia, la loi islamique, il est interdit de représenter le Prophète, ce qui a évidemment outré les milieux religieux musulmans, à tout le moins certains d'entre eux. D'autant que si l'on sort ces caricatures de leur contexte, elles peuvent donner l'impression de traiter toutes et tous les musulmans de terroristes. Mais quand on les prend dans leur contexte, et qu'on s'interroge sur le pourquoi de leur publication, on se rend compte que ce qui était demandé aux douze dessinateurs étaient de donner ler avis sur l'intégrisme islamique... Certes, pour certains cela ne change rien, mais bon. De mon côté, même si ces caricatures n'avaient pas été commandés dans ce but-là, je n'y vois pas matière à provoquer les tollés rencontrés lors de leur publication. Tollés encore plus vives lorsque Charlie Hebdo les a à son tour publiées. Face à cette publication française, certains politiques ont jugé bon de dire que celle-ci n'était pas utile, et qu'elle ne servait qu'à alimenter la polémique. C'est étrange d'entendre ça dans un pays où la presse est libre...

Le deuxième gros événement lié à la critique de l'Islam date d'il y a quelques semaines, quand le philosophe Robert Redeker a publié dans le Figaro une tribune intitulée "Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?" (texte intégral ici). Dans celle-ci, il démontre que, comparée à la religion chrétienne, qui transmet un message de paix et d'amour, la religion musulmane elle véhicule à travers son histoire et celle de son prophète haine et violence (ce qui peut aussi s'appliquer à l'histoire de l'Eglise de Rome, entre nous soit dit). Aussitôt cette tribune publiée, des menaces de mort, avec le nom et l'adresse du philosophe, se propagent sur la toile. La police décide donc de le protéger, et il dit devoir changer tous les deux jours de domicile.
Quelques jours passent, sans réaction aucune (ou si peu) des fédérations enseignantes, du gouvernement, ou même des "dignitaires" musulmans. Gilles de Robien, le ministre de l'Education Nationale, va se déclarer "solidaire" du philosophe, mais rappeler
qu'"un fonctionnaire doit se montrer prudent et modéré en toutes circonstances". Cela montre bien les principaux avis émis suite à cette tribune : bien entendu, on condamne les menaces de mort, mais il faut se contenir dans ces propos...

En est-on donc là aujourd'hui ? N'a t-on pas le droit de critiquer ouvertement une religion, de caricaturer des intégristes qui tuent au nom d'un Dieu, de défendre librement son avis, même si il n'est pas partagé par certaines personnes ? Ou bien n'a t-on que le droit de critiquer les dires de Benoit XVI, de carircaturer Buddha, Jésus ou un rabbin lambda, mais absolument pas celui de dire quoique ce soit de déplacé sur l'Islam ?
Si je ne m'abuse, les lois de l'Islam ne doivent être respectées que par ceux qui y croient (et encore, je garde une réserve là-dessus, comme sur le port du voile), mais rien n'empêchent chrétiens, bouddhistes, athées, gnostiques, ou plus simplement non croyant de représenter librement ce que la charria interdit à celles et ceux qui la suivent.
Mais plus que ça, nous sommes dans un pays où la liberté de la presse et la liberté d'expression existe encore un peu, où les Eglises n'ont pas a dicté la vie de tous les citoyens, bref, on devrait pouvoir critiquer quelque chose, sans avoir peur de sortir de chez soi...

N.B : bien entendu, je sais que beaucoup de musulman(e)s exercent leur religion de manière sincère, sans intégrisme aucun. Celles-là et ceux-là doivent se faire entendre, pour que l'image d'un Islam violent et d'une soi-disante islamisation de la France disparaissent pour de bon. Chacun à le droit de vivre suivant sa religion, mais sans oublier que nous sommes dans un Etat de droit, où le droit prime sur le divin...



Pour appeller à calmer la fatwa sur Redeker, faites un tour sur le site du Manifeste des Libertés
Par Zensho - Publié dans : Société
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Commentaires

Je reprendrai l'excellent article de Jacques Julliard dans sa chronique du Nouvel Obs (n°2187 du 5 au 11 octobre) et qui dit mieux que moi ce que je pense. lol


"L'intolérable tolérance.

Il en va dans nos sociétés de la tolérance comme du sexe : plus on en parle, moins on le pratique. Nous vivons un moment de verbalisation universelle où on laisse le mot se substituer à la chose au point de l'escamoter. D'où le paradoxe d'une humanité où l'on n'en finit plus de se réclamer des droits de l'homme, tandis que la liberté de penser et d'écrire s'étiole sur le sol même qui l'a vu naître. Certes, nous ne sommes plus à l'époque où le pouvoir temporel punissait le blasphème et où le chevalier de La Barre était torturé, décapité et brûlé pour avoir mutilé un crucifix. Mais nous sommes bel et bien à celle où un descendant de Van Gogh est assassiné dans la rue pour avoir mal parlé de Mahomet. Cette époque a privatisé la barbarie ; de plus en plus, elle tolère l'intolérance.
Voici un professeur de philosophie, Robert Redeker, qui, à son tour, médit de Mahomet : quel est le premier réflexe de son protecteur légal, le ministre Gilles de Robien ? Suggérer, tout en condamnant les menaces, que par son outrance il ne les a pas volées. On ne s'étonnera pas de trouver le Mrap et son président, Mouloud Aounit, sur la ligne du ministre... A des signes comme ceux-là, on mesure les progrès réalisés, au nom de l'immonde principe de précaution, par l'esprit de soumission dans la conscience commune. Qu'est-ce donc que la tolérance ? Le mot, en vérité, n'est pas heureux. Sans parler de la boutade de Claudel - "La tolérance ? Il y a des maisons pour ça ! " - on constance que son premier sens est terriblement restrictif. Tolérer, c'est d'abord ne pas réprimer alors que, juridiquement, on le pourrait : c'est ainsi que l'on "tolère" de plus en plus des voitures sur le trottoir. Cette tolérance-là est le contraire du droit. Le deuxième sens, celui où nous l'employons désormais, notamment en matière religieuse, consiste à "admettre chez autrui une manière de penser et d'agir différente de la nôtre" (Le Robert). La tolérance, c'est le respect de toutes les croyances. Fort bien. Mais là encore, nous sommes en pleine ambiguïté. Dans la tradition française de libre examen, cette tolérance implique le droit pour chacun de critiquer sans ménagement chacune de ces croyances, à condition de n'en pas étraver l'exercice. En un siècle d'anticléricalisme, l'Eglise catholique en a entendu de toutes les couleurs, et c'est très bien ainsi ; cela l'a aidée à se réformer. Mais une autre conception de la tolérance se fait jour aujourd'hui et chemine dans les esprits : respecter la croyance d'autrui consisterait à ne pas la critiquer; un sondage dans "la Vie" (28 septembre 2006) indique que près de la moitié des Français (45%) estiment que l'on de doit pas critiquer les religions. Ce respect absolu va de pair avec une irréligion croissante : voilà une conséquence à méditer. Ainsi, la sacralisation des croyances est un présage lugubre dans une société qui se communautarise chaque jour davantage et qui ne parvient plus à concevoir le débat public autrement que sous la forme de la coexistence pacifique des communautés, de leurs croyances, de leurs absurdités, de leurs tabous, de leurs interdits, de leur terrorisme intellectuel - en un mot, de leur sectarisme. Et voilà le résultat ! La "tolérance" comme rempart ultime de fanatisme, quelle absurdité ! L'extraordinaire sensiblerie intellectuelle de notre temps à toutes les croyances aboutit paradoxalement à la sacralisation du sectarisme, à la restriction de la liberté de penser et de débattre.
C'est pourquoi à la tolérance, mot ambigu, mot ramollo, je préfère de beaucoup le principe de laïcité. La tolérance, au sens que le mot est en train de prendre, c'est la cagotisation des esprits. La laïcité, elle, implique non seulement la neutralité axiologique de l'Etat mais le primat intellectuel de la raison. C'est pourquoi - que mes lecteurs anticléricaux me pardonnent encore une fois - j'applaudis Benoît XVI quand, dans son discours de Ratisbonne, il plaide pour une réconciliation - mieux que cela, une alliance - de la raison et de la foi. Et à mes lecteurs croyants, qu'ils soient chrétiens, juifs ou musulmans, je pose cette question : que vaut donc une foi qui ne saurait résister à la critique, voire au blasphème ? A mon avis, elle ne vaut pas tripette."

Commentaire n°1 posté par isa le 05/11/2006 à 20h15

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